"Les règles ne me font plus peur" - Zainab

28 mars 2024

Zainab, 13 ans, de Thiès, tenant une serviette hygiénique réutilisable.

Les menstruations ne sont pas anormales. C’est un processus biologique normal pour les filles et les femmes du monde entier. Mais pour une fille comme Zainab, 13 ans, le mot « menstruation » n’est prononcé qu’à voix basse entre elle et ses grandes sœurs.

« Je n’ai pas encore eu mes règles. Mais mes grandes sœurs l’ont fait. Pour elles, c’était effrayant. Quand ma sœur Awa a eu ses premières règles, elle avait très peur. Tellement peur qu’elle ne voulait pas bouger, elle est restée dans la maison. Personne ne lui avait parlé de menstruations avant », a déclaré Zainab

Zainab est élève dans l’un des lycées de la région de Thiès. Elle aime les mathématiques et les études sociales, qui sont ses matières préférées. Son rêve est de devenir chirurgienne. Zainab vit avec son père, sa mère et 6 frères et sœurs.

Bien qu’il s’agisse d’un processus biologique normal, les menstruations restent un sujet tabou dans de nombreuses communautés du Sénégal et ne sont pas abordées ouvertement, surtout en présence de garçons ou d’hommes. Les garçons et les hommes se sentent généralement exclus de cette conversation puisque c’est plutôt « l’affaire des femmes ». Et cela contribue au manque de connaissances de base des menstruations et sur la façon de les gérer par les femmes et les filles.

Mal préparées pour accueillir avec sérénité leurs premiers saignements menstruels, les filles comme Zainab comptent sur des femmes plus âgées, qui ne sont pas toujours bien informées elles-mêmes, pour obtenir du soutien et des conseils. De plus, le manque d’accès à des produits ou protection d’hygiène abordables oblige certaines filles à utiliser des matériaux faits maison qui ne sont pas hygiéniques ni recommandées, et souvent inefficaces pour prévenir les fuites.

« Avant les garçons se moquaient des filles qui ont des tâches sur leurs jupes », a-t-elle déclaré. Elle s’est souvenue d’une fois où l’une de ses camarades de classe avait ses règles à l’école.

« C’était une grande histoire dans toute l’école. Que telle ou telle fille avait commencé ses périodes’’. De nombreux élèves, en particulier les garçons, la pointaient du doigt, chuchotant et riant. Cela m’a rendue très triste et effrayée », a-t-elle déclaré.

Améliorer la santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes au Sénégal

Fatou, 13 ans, Zainab, 14 ans, et Mame, 14 ans, tenant une serviette hygiénique réutilisable à l'extérieur du bloc sanitaire de leur collège
Fatou, 13 ans, Zainab, 14 ans, et Mame, 14 ans, tenant une serviette hygiénique réutilisable à l’extérieur du bloc sanitaire de leur collège

Pour améliorer l’accès aux services de santé reproductive, y compris l’hygiène menstruelle pour les adolescents et les jeunes, ChildFund met en œuvre le Projet d’Amélioration de la Santé des Adolescents et des Jeunes (PASSAJE) dans les régions de Thiès et de Diourbel. Ce projet vise à améliorer la santé reproductive des adolescents et des jeunes et à accroître les niveaux de sensibilisation et d’éducation.

Cofinancé par la Coopération Allemande (BMZ), ChildFund Sénégal et ses partenaires locaux (la Fédération Kajoor Jankeen à Thiès et l’ONG PDEF à Diourbel), le Projet d’Amélioration de la Santé Adolescents et Jeunes (PASSAJE) a pour but, d’améliorer l’accès et l’utilisation de services de santé reproductive et menstruelle de qualité adaptés aux besoins des adolescents et des jeunes. Il a contribué à approfondir les connaissances et à promouvoir l’adoption de comportements favorables à une santé reproductive et menstruelle de 25 367 adolescent(e)s et jeunes âgé(e)s de 10 à 24 ans dans 16 écoles et 16 structures de santé situées dans les 2 départements de Diourbel et de Thiès.

Ce projet a permis de construire et d’équiper 16 blocs sanitaires sensibles aux normes de la gestion de l’hygiène menstruelle (GHM) dans 16 écoles. Cela inclut la séparation des blocs filles -garçons, intégration de lavabos, miroirs at autres commodités dans les box des filles, la disponibilité de poubelles maçonnées annexées aux blocs pour faciliter leur collecte et leur élimination, la mise en place d’un système de propreté pour que la pratique des mesures de gestion des menstrues durant les heures de cours soit possible et conformes aux normes.

D’autres types de blocs sanitaires écologiques « blocs d’hygiène verts » ont été construits avec des matériaux et une technologie respectueuse de l’environnement. Cette technologie absorbe toutes les odeurs nauséabondes dans les toilettes. Les élèves ont également accès à des services d’orientation et de conseils grâce aux unités de conseils et d’orientation tandis que dans la communauté, les adolescents jeunes peuvent utiliser les services de santé et des informations similaires grâce aux espaces ados jeunes qui offrent des services sûrs adaptés aux besoins des jeunes non scolarisés. C’est ainsi que le projet a permis de mettre en place 32 structures d’offre de services Santé de la Reproduction et des Menstrues adaptés dont 16 unités de conseil dans 16 écoles et 16 espaces ados jeunes dans 16 établissements de santé dans les 2 districts.

Sans eau propre, une bonne hygiène menstruelle n’est pas possible. Face aux difficultés liées à la disponibilité permanente en eau, le projet a, par conséquent construit 16 forages ou puits munis de mécanisme de distribution dans 16 écoles. Celles-ci ont également été dotées de produits et d’équipements de nettoyage.

Pour sensibiliser la communauté sur la santé reproductive et soutenir l’adoption de comportements recommandés, le projet mène également une campagne de plaidoyer et de communication sur le changement social et comportemental sur une période de 2 ans. La campagne est dénommée « Sunu Wergi Yaram Sunu Yitté » en langue Wolof dans le but de briser la stigmatisation et de prioriser la santé des adolescents et jeunes.

Le plaidoyer menés par des pairs éducateurs se fait par le biais de rencontres avec les autorités administratives des collectivités territoriales, gouvernementales, sanitaires, d’émissions radio et de réunions de sensibilisation communautaire en vue de mobiliser des ressources additionnelles et augmenter le financement gouvernemental de la santé reproductive. À ce jour, plus de 37 200 adolescents et jeunes ont participé à ce projet.

Joséphine, enseignante en charge des activités de SRM du projet PASSAJE, parle à Zainab de l'utilisation des serviettes hygiéniques et des bonnes pratiques d'hygiène menstruelle.
Joséphine, enseignante en charge des activités de SRM du projet PASSAJE, parle à Zainab de l’utilisation des serviettes hygiéniques et des bonnes pratiques d’hygiène menstruelle.

« En moyenne, je distribue environ 30 serviettes hygiéniques de dépannage aux filles chaque mois pour éviter leur absence aux cours. Environ 20 filles viennent chaque mois demander des conseils sur diverses questions liées à leur santé. Au total, 674 filles utilisent cette installation dans notre école », explique l’enseignante Joséphine. « Cela a été très ingénieux parce qu’avant cela, ils n’avaient pas d’espace sûr et privé pour partager et trouver des solutions à leurs problèmes personnels. Quand elles viennent ici, je leur enseigne non seulement l’hygiène menstruelle, mais aussi d’autres sujets très importants liés à leur santé reproductive. Il s’agit notamment de bonnes pratiques pour avoir une vie saine et assurer leur avenir : l’abstinence sexuelle, de l’adoption de valeurs positives et de la positivité corporelle, ainsi que d’une bonne nutrition et d’habitudes alimentaires saines. En plus depuis le mois de novembre 2023 soit 6 sur 9 mois nous n’enregistrons plus d’absence de fille liée aux menstrues.»

Aujourd’hui, de plus en plus de parents peuvent parler librement des menstruations avec leurs enfants, garçons comme filles.

Maintenant, Zainab se sent autonome et prête à gérer ses règles. En tant que paire éducatrice dans son école, elle éduque ses camarades, en leur parlant des bonnes pratiques d’hygiène, de l’importance d’utiliser des serviettes hygiéniques, d’éviter certains comportements à risque, etc.

« J’ai maintenant pris l’initiative d’aider d’autres filles à l’école qui ont leurs premières règles », dit-elle. « Maintenant, je sais que c’est une fonction normale du corps humain et qu’il n’y a pas lieu d’être gêné. Avec ce bloc d’hygiène menstruelle, nous avons maintenant un espace sûr, propre et pratique pour prendre en charge nos menstrues à l’école sans manquer les cours.

Toxicomanie chez les jeunes

Moussa demande des conseils et des services de conseils sur l’usage de drogues auprès de Awa, paire éducatrice communautaire du poste de santé de Darou Salam.
Moussa demande des conseils et des services de conseils sur l’usage de drogues auprès de Awa, paire éducatrice communautaire du poste de santé de Darou Salam.

Au niveau communautaire, en plus de l’hygiène menstruelle, le projet s’attaque à un monstre plus grand : la toxicomanie et ses sœurs, les maladies sexuellement transmissibles, etc.

Au poste de santé de Darou Salam, nous rencontrons Moussa, un jeune homme de 19 ans aux prises avec la toxicomanie. Il est ici pour des conseils.

« Je veux arrêter, mais je ne sais pas par où commencer dit-il. J’ai commencé à consommer de la drogue après le lycée à cause du stress et je n’arrive pas à trouver un bon emploi. Je suis également inquiet pour mon avenir. »

Pour éviter la stigmatisation, le projet a permis un accès discret à l’espace ados jeune de la communauté. Les jeunes qui cherchent des services entrent par une porte discrète sur le côté de l’établissement de santé, cachée et loin de la porte principale que tous les autres patients empruntent pour garantir leur intimité, la confidentialité et un accueil chaleureux. Le ticket de consultation étant gratuit, ils accèdent facilement aux prestations du personnel qualifié notamment l’infirmière chef de poste et la sage-femme qui supervisent l’espace ados jeunes.

Moussa entrant dans le poste de santé en utilisant la porte d'accès discrète
Moussa entrant dans le poste de santé en utilisant la porte d’accès discrète

« De nombreux jeunes de cette communauté abusent de drogues, d’alcool ou d’autres substances nocives. Vous pouvez trouver toutes sortes de drogues dans cette communauté. C’est très alarmant. Quand ils franchissent cette porte, nous leur disons que nous les comprenons et que nous les accueillons. Nous ne sommes pas là pour les juger mais pour les soutenir », explique l’infirmière Madame Diène, responsable du poste de santé. « Nous recevons environ huit jeunes chaque jour. Ils viennent surtout la nuit, quand il fait noir, pour que personne ne puisse les voir.»

Le projet fait une différence dans la communauté, car de plus en plus de jeunes continuent de visiter l’établissement et de demander de l’aide en matière de toxicomanie et de santé reproductive ce qui était inimaginable avant.

En 2025, ChildFund Sénégal a alloué 80 % de son budget total aux programmes de soutien aux enfants, aux familles et aux communautés vulnérables.