Comment 32 banques céréalières et 6 coopératives de consommation permettent au monde rural de faire face aux défis de la faim
04 juin 2025

Stock de la banque céréalière de Touré Mbonde, Diourbel
A Diourbel, au centre du Sénégal, Fatoumata, veuve et mère de cinq enfants, se souvient encore des saisons de soudure marquées par l’angoisse. Pendant ces périodes critiques, sa famille devait souvent se contenter d’un seul repas par jour, composé de ce qui restait dans la réserve. La faim devenait un quotidien pesant, et l’avenir incertain. Mais en 2024, grâce au projet de sécurité alimentaire, les 32 banques céréalières et les 6 coopératives de consommation mises en place par ChildFund et ses partenaires locaux, ont commencé à changer leur situation.
« Les périodes de soudure étaient particulièrement difficiles pour moi et ma famille. C’étaient des moments où il était très difficile d’assurer trois repas par jour à mes enfants. Malgré les modestes revenus que je tirais de mon petit commerce de produits locaux, cela ne suffisait pas. Pour survivre, ma fille de 14 ans a dû travailler comme domestique. Ce n’était pas un choix de cœur, mais une nécessité imposée par la faim. » témoigne Fatoumata, cheffe de famille.

Selon le rapport de l’Enquête sur la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (ESAN) publié en février 2023, des régions telles que Matam (8,2%), Diourbel (7,6%), Tambacounda (7,0%), et Kolda (7,0%) étaient particulièrement dans des situations alarmantes d’insécurité alimentaire.
Plutôt que de réagir à chaque urgence alimentaire, ChildFund a choisi d’investir dans une solution communautaire durable, capable de répondre aux besoins immédiats tout en renforçant la résilience locale. Le principe est simple mais impactant. Pendant les récoltes, les ménages stockent des céréales (riz, mil, maïs, arachides…) dans des banques communautaires. Ces réserves sont ensuite redistribuées pendant les périodes de soudure, lorsque l’accès à la nourriture devient difficile. Cette stratégie, plus proactive que l’assistance ponctuelle, redonne aux communautés le contrôle sur leur sécurité alimentaire.
En 2024, plus de 518 tonnes de céréales ont été distribuées dans les régions ciblées, bénéficiant à 113 271 personnes, parmi lesquelles de nombreux enfants et jeunes. Ces distributions ont permis de maintenir une alimentation de base dans les foyers les plus touchés, tout en prévenant les effets graves de la malnutrition, notamment chez les enfants en bas âge. Pour Fatoumata et ses voisins, cette aide n’était pas seulement un soutien alimentaire, mais un symbole de dignité retrouvée. Elles ont aussi permis aux paysans de ne pas vendre le matériel agricole pour survivre de même que les autres actifs et le bétail
Au cœur du succès du modèle se trouve la responsabilité communautaire. Sur les 12 263 ménages ayant reçu des céréales, près de 10 000 ont remboursé leur part en nature après les récoltes. Ce système de prêt solidaire permet de réalimenter la banque et de garantir sa durabilité pour les saisons futures. Il instaure aussi une culture de solidarité, de confiance et de gestion communautaire, où chacun devient acteur de sa propre sécurité alimentaire. Ces communautés ont entamé la deuxième phase des banques céréalières consistant à acheter au meilleur prix pendant la période d’abondance et procéder à une revente non spéculative pendant la période de soudure.

Aujourd’hui, Fatoumata ne vit plus la saison de soudure avec la peur au ventre. Elle sait qu’en cas de besoin, la banque céréalière est là. Mieux encore, elle s’y implique désormais comme membre active du comité de gestion. « Ce n’est plus juste de l’aide, c’est notre propre organisation. Nous nous soutenons entre nous pour que personne ne reste sans manger le soir », témoigne-t-elle avec fierté
“Grâce à cette approche, ChildFund contribue à bâtir des communautés plus fortes, plus autonomes et mieux préparées face aux crises alimentaires, climatiques et économiques”, estime M. Alioune Ndiaye, Responsable du projet de Sécurité alimentaire, ChildFund.



