“Je n’ai jamais pensé pouvoir apprendre à lire avec mon enfant”
14 mai 2025

Maguette accompagne sa fille de 3 ans dans la lecture à la maison
Dans de nombreux foyers du Sénégal comme Diourbel, il n’est pas courant que les parents lisent avec leurs jeunes enfants. Ce n’est pas parce qu’ils ne s’en soucient pas, mais plutôt en raison d’une combinaison de normes culturelles de longue date, de faibles niveaux d’alphabétisation des dispensateurs de soins, d’un accès limité aux livres et de la perception que l’apprentissage de la lecture relève de l’école. Pour de nombreuses familles, la lecture est perçue comme quelque chose qui commence après l’entrée à l’école, et non avant.
Pourtant, les recherches montrent que devenir lecteur commence bien avant l’entrée à l’école. Selon la Banque mondiale, les enfants développent des compétences linguistiques et en lecture dès leurs premières interactions quotidiennes : parler, poser des questions, raconter des histoires, chanter des chansons et lire à haute voix. Ces premiers moments forment la base de l’apprentissage tout au long de la vie, et si ces opportunités sont manquées, les enfants risquent de prendre du retard avant même d’entrer à l’école.
Pour relever ce défi, ChildFund, en partenariat avec l’ONG locale PDEF, a mis en oeuvre l’initiative Read@Home, financée par la Banque mondiale à travers PIPADHS, à Diourbel — un programme conçu pour responsabiliser les parents et les tuteurs afin qu’ils deviennent les premiers et les plus importants enseignants de leurs enfants.
Une approche centrée sur la communauté à Diourbel
Avec le financement de la Banque Mondiale et du projet Investir dans les premières années pour le développement humain au Sénégal (PIPADHS), Read@Home a été déployé dans 20 communes de la région de Diourbel. L’initiative a permis d’impliquer directement 2 500 parents et tuteurs dans 100 villages et touché plus de 7 500 enfants âgés de 0 à 5 ans.
Elle a impacté indirectement 10 000 personnes supplémentaires grâce aux campagnes de sensibilisation et de communication communautaire visant l’engagement parental pour la lecture à la maison.
Le projet Read@Home s’est concentré sur la transformation des comportements familiaux à travers des méthodes simples et inclusives, en particulier pour les tuteurs ayant peu ou pas d’éducation formelle. Ces méthodes étaient axées sur l’utilisation de chansons et d’histoires dans les langues locales, la promotion de la lecture à travers des supports illustrés et des contes, l’encouragement des interactions ludiques et riches en langage et la sensibilisation des tuteurs pour leur faire comprendre qu’ils ont les capacités à contribuer à développer le cerveau de leur enfant chaque jour et sans qu’ils soient instruits.

“En tant que mère d’une fille de 3 ans, cette expérience a été vraiment enrichissante pour moi,” dit Maguette Guirane, une femme de ménage ayant participé au programme.
“Les sessions de parentalité et les outils que nous avons reçus m’ont aidée à soutenir l’apprentissage de ma fille à la maison — mais plus encore, cela nous a donné une manière spéciale de créer des liens. Maintenant, elle adore les livres et apprécie le temps de lecture.”
Changer les croyances, renforcer les compétences
Les évaluations de base et finales ont montré des améliorations significatives :
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- Au début du programme, seulement 70 % des tuteurs croyaient qu’ils avaient les compétences nécessaires pour aider leurs enfants à lire. À la fin, ce chiffre avait grimpé à 99,6 %.
- De même, le nombre de tuteurs affirmant qu’ils lisaient activement avec leurs enfants à la maison est passé de 88,5 % à 98,2 %.
Ces résultats ne concernent pas seulement des gains de connaissances — ils reflètent un changement de mentalité sur le rôle des parents et des communautés dans l’éducation précoce des enfants.

“Avant cela, je pensais que je n’avais rien à offrir parce que je ne sais pas bien lire,” a dit Fatoumata, une mère de trois enfants. “Mais maintenant, j’utilise des images, je raconte des histoires et je parle avec mes enfants. Je vois comment ils apprennent.”
S’adresser aux obstacles : accès, langue et abordabilité
De nombreux parents et tuteurs ayant un faible niveau de lecture ne savent pas comment soutenir l’apprentissage de la lecture chez leurs enfants. Même lorsqu’ils souhaitent aider, ils se heurtent à des obstacles majeurs. Dans certaines langues locales, il existe peu ou pas de livres, ce qui rend difficile la lecture dans une langue que les enfants comprennent. Là où des livres existent, ils sont souvent trop chers pour que les familles puissent les acheter. De plus, les parents manquent souvent de confiance en leur propre capacité à promouvoir la lecture, surtout lorsqu’ils ne sont pas ou sont peu scolarisés.
Pour surmonter ces obstacles, l’initiative Read@Home au Sénégal a permis, non seulement de former les parents, mais également de soutenir la distribution de livres en arabe, en français et dans sept langues sénégalaises, permettant de toucher plus de 2 millions d’enfants de 0 à 6 ans à l’échelle nationale. Ce déploiement national vise à couvrir 50 % des enfants de moins de six ans, apportant des outils essentiels en matière de littératie dans les foyers et les communautés.
« L’une des grandes leçons de la mise en œuvre de l’initiative est que lorsque les collectivités territoriales sont pleinement impliquées dans la conception, la mise en œuvre et le suivi, elles s’engagent activement à soutenir les programmes de développement et à fournir des retours constructifs. Fort des résultats positifs de Read@Home, ChildFund et ses partenaires ont décidé d’intégrer cette approche dans leur programme de développement intégré de la petite enfance ». Explique M. Moussa Diallo, Senior Spécialiste Éducation à ChildFund



