Alioune Ndiaye
Sr Spécialiste partenariat
ChildFund Sénégal

La banque de céréales Touré Mbonde mis en place par ChildFund et son partenaire local ONG PDEF couvrant 939 ménages dans 32 villages pour lutter contre l’insécurité alimentaire dans la région de Diourbel

Crise alimentaire en Afrique de l’Ouest : comment renforcer la résilience des familles vulnérables

Dans toute la région du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, des millions d’enfants, de familles et d’éleveurs font face à une crise alimentaire d’une ampleur et d’une gravité croissantes. Selon les Nations Unies, plus de 13,2 millions de personnes sont actuellement en situation d’insécurité alimentaire dans cette partie du continent, y compris dans certaines zones d’Afrique centrale. Le Sénégal, bien que souvent perçu comme relativement épargné, n’échappe pas à cette réalité : une mauvaise répartition des pluies durant la dernière saison agricole a entraîné des baisses significatives de la production dans de nombreuses zones rurales.

Face à cette situation, les familles n’ont d’autre choix que d’adopter des stratégies d’adaptation de survie, souvent au prix de l’épuisement de leurs ressources : vente de bétail, de biens de première nécessité, voire de leurs outils de production. Cette spirale descendante fragilise encore davantage leur sécurité alimentaire déjà précaire, et aggrave l’état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans. Sans intervention immédiate, le risque d’une détérioration durable des conditions de vie est réel.

Dans ce contexte, ChildFund agit aux côtés de ses partenaires locaux pour apporter une réponse structurée, durable et centrée sur les enfants, souvent les plus invisibles dans les réponses d’urgence. L’approche repose sur une stratégie globale qui lie action directe, renforcement des capacités communautaires et plaidoyer pour un changement structurel.

Une des interventions clés de cette approche est la mise en place de banques céréalières communautaires, appuyée par une méthode de revolving. Ces banques permettent aux ménages les plus vulnérables d’accéder à une réserve de nourriture pendant la période de soudure, lorsque les récoltes sont épuisées et que la nouvelle saison tarde à s’installer. Grâce à ce système, les familles ne sont plus contraintes de vendre leurs derniers actifs pour survivre. Les enfants peuvent continuer à manger trois fois par jour, aller à l’école, et conserver une routine essentielle à leur développement.

Le succès de cette approche réside aussi dans la capacité à documenter, apprendre et s’adapter. Des espaces de réflexion sont créés à tous les niveaux, avec des bilans annuels pour capitaliser les bonnes pratiques et ajuster les stratégies. Les leçons tirées permettent non seulement d’améliorer les programmes, mais aussi d’influencer les politiques nationales et internationales en matière de sécurité alimentaire et de protection de l’enfance.

Ce que montre cette crise, c’est que l’aide d’urgence seule ne suffit pas. Elle doit s’accompagner d’un renforcement des moyens de subsistance et de la résilience. Les banques céréalières ne sont pas qu’un simple mécanisme de stockage : elles sont un levier d’autonomisation, de protection sociale et de dignité pour des communautés trop souvent oubliées.

Aujourd’hui plus que jamais, nous avons le devoir collectif d’agir, non seulement pour répondre à l’urgence, mais pour construire un avenir plus stable, plus juste, et plus résilient pour les enfants d’Afrique de l’Ouest