Moussa Diallo
Sr. Spécialiste Education
ChildFund Sénégal et Guinée

Des enfants dans un centre de développement de la petite enfance soutenu par ChildFund dans la région de Thiès apprennent à dessiner et à écrire.

Pourquoi nous devons investir sur la petite enfance pour un capital humain de qualité

Au Sénégal, la population pré-scolarisable accroît chaque année, entre 2019 et 2023, par exemple, elle est passée de 1 437 161 à 1 614 800 enfants selon le Rapport National sur l’Éducation publié en 2023. Cependant, le taux brut de préscolarisation n’a pas encore atteint 19% bien en deçà de l’objectif national fixé à 64,6 % d’ici 2030. Pourtant, toutes les recherches réalisées sur le développement de la petite enfance mettent la lumière sur l’importance des premières années de la vie pour le développement global de l’enfant. 

Elles révèlent que la petite enfance est une période qui offre énormément de possibilités pour façonner la trajectoire du développement global de l’enfant et c’est cette période qui jette les bases de son avenir. Elle leur donne l’opportunité de pouvoir réaliser tout leur potentiel. C’est un droit fondamental des enfants de bénéficier de soins de santé, d’une bonne nutrition, d’une protection et d’un sentiment de sécurité mais également de possibilités d’apprentissage précoce et de soins attentifs à travers la parole, le chant et le jeu.

Malgré les nombreux investissements en termes de ressources humaines, financières et matérielles pour un capital humain de qualité, les pays africains dont le Sénégal peinent à réaliser les attentes. Je reste convaincu que le fossé, qui d’ailleurs continue de se creuser entre pays dits développés et pays en développement, s’explique en grande partie par le niveau d’investissement sur la petite enfance. 

Les futurs moteurs de croissance des pays africains sont tributaires à la construction d’un capital humain adossé à une prise en charge effective et de qualité des nourrissons et jeunes enfants.

D’ailleurs, lors d’un sommet organisé le 06 octobre 2016 à Washington à l’occasion des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International (FMI), neuf pays dont le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Madagascar et le Sénégal s’étaient engagés à consentir d’importants investissements pour réduire les retards de croissance dans l’enfance. Pour rappel cette phrase est un extrait de la déclaration du Sénégal : « Investir dans la petite enfance au Sénégal va générer des rendements par une plus grande efficacité interne et externe dans l’éducation, l’amélioration de la productivité, des ressources humaines du pays, l’employabilité et plus de revenus à long terme, et ainsi une croissance économique plus élevée, plus durable et plus inclusive ».

Certes, depuis 2000, le Sénégal est en train de faire d’importants efforts pour la pré scolarisation universelle de qualité de ses enfants par la mise en place de cadre institutionnel et réglementaire et le développement de stratégies. Le Gouvernement est appuyé dans cette politique par les organisations de la société civile dont les ONG nationales et internationales mais beaucoup de chemins restent encore à faire. C’est ainsi que ChildFund, dans ses zones d’intervention au Sénégal, a appuyé les communautés à créer 96 centres de développement intégré de la petite enfance (CDIPE), et à mettre en place une trentaine de groupes de jeu.

Pour atteindre les objectifs, il est bien de construire et d’équiper des structures de prise en charge de la petite enfance qui répondent à des normes et standards. Mais à défaut de pouvoir satisfaire toute la demande en un temps raisonnable, des milliers d’enfants à travers le pays et surtout en zone rurale n’auront jamais la chance de fréquenter une structure de prise en charge de la petite enfance. Au même moment, beaucoup de millions sont annuellement dépensés pour célébrer la semaine nationale de la petite enfance. Je ne dis pas que ce n’est pas important mais une partie des moyens mobilisés pouvaient servir à réduire les gaps. 

Il me semble que la voie la plus pérenne, la plus efficace et la plus efficiente est de modéliser des initiatives communautaires innovantes de préscolarisation des enfants basées sur les valeurs culturelles et sociales mais portées par les jeunes, avec l’accompagnement des personnes adultes et des collectivités territoriales.

Chemins faisant, l’Etat, les collectivités territoriales devraient beaucoup tirer profit des jeunes, à travers les associations sportives culturelles et économiques (ASCE), en les accompagnant à intégrer dans leurs activités la préscolarisation des enfants au niveau quartier et village.